La peinture et la photographie parcourent des voies parallèles, se croisent, s’unissent, se divisent de nouveau et incitent le peintre à la photographie et la photographie à la peinture. Les photographies disent tellement qu’elles peuvent exister toutes seules et qu’elles peuvent nous transporter. Alors nous rêvons de choses disparues et refoulées, familières et inconnues qui s’éveillent en nous.
Parfois, elles m’appellent. Un souffle de structures claires et obscures me stimule. La couleur et la matière confluent.
Travailler sur des photos, peindre sur les photos, crée des nouveaux aspects. Une couleur opaque se trouve sur papier satiné, elle recouvre des choses non voulues, s’écoule, transparente, à travers des formes angulaires structurées, elle engendre de la nouvelle matière, et elle crée de nouveaux aspects.
Le regard du haut est plus rare et donc insolite, il comporte quelque chose de non quotidien, au contraire d’un paysage que l’on voit quotidiennement et auquel on ne fait plus attention. On voit comme avec des yeux d’enfant, avec fraîcheur et de manière nouvelle.
Dans nos villes Européennes, les gratte-ciel sont encore trop nouveaux, pas encore intégrés. A New York, ils ont, en partie entre 60 et 70 ans et de là naît le charme. On sent le fugitif. Les gratte-ciel sont exposés depuis des décennies aux éléments, ils se désagrègent, des couches de murs s’effritent, des couches de couleurs s’effacent, ternissent et disparaissent dans le fond, le plâtre s’émiette, des traces de rouille coulent le long des murs.
Un paysage de sculptures, ces grands blocs s’élèvent comme de gigantesques mégalithes. Des pierres élaborées avec leurs structures ébauchées, colorées et grises. Brunâtres avec plusieurs accents.
Des publicités lumineuses rouges et bleues clignotent incessamment leur message.
Quand le soleil se déplace, ces gigantesques dolmens se déplacent avec lui. Ils pénètrent dans le bleu du ciel ou de l’eau, se reflètent, se couchent avec le soleil, et fleurissent de l’intérieur, comme un feu d’artifice qui se perpétue et disparaît seulement avec le nouveau jour.
Gottfried Salzmann
extrait de "Poésie de Ville", Ed Galerie Peerlings 1999