Gottfried Salzmann
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Gottfried Salzmann : Les dessins de Gottfried Salzmann

La nature dans ces dessins s’exprime inversée, il ne reste que le blanc du papier qui se colore miraculeusement d’espaces contrastés.

Ombre menaçante, comme un gros nuage sombre, la fine poussière brûlée après une hésitation, se dépose en rebonds lents sur un papier à peine jauni.

La nuit tombe en souffle noir de paillettes de bois obscurs. Le papier se ferme, refuse et accueille enfin le dessin de la nuit en rythme miroir de la main qui écrase le charbon au-dessus de sa blancheur nervurée. Le déplacement lent des phares dans la nuit trace avec douceur le chemin bordé d’arbres ou bien découpe soudain, rapide, l’entrée du village en masses géométriques de toits reliés par de gros câbles noircis.

Son dessin naît de l’ombre et s’enfonce dans son regard, rideau que l’on entrouvre sur la lumière noire pour distinguer les formes écrasées d’arbres prêts à renaître allégés par la lumière du matin. Touches de clarté vibrantes qui épousent chaque grain de l’écorce et virevoltent sur les traces de feuilles ou branches, happées brutalement par l’ombre, elles rebondissent inattendues pour se poser en halo sur la couronne de l’arbre. Le noir de l’allée dessinée par un jet de lumière, tracé subtil de la force inversée de la nuit. Vie fragile soutenue par un éclat nacré, poussière de vie brûlée, trace de paysage noir étendues sur la luminosité du papier.

Du fond de la nuit, l’évocation hachurée d’un champ rayé de lumière grise se multiplie dans un rythme s’amenuisant à la rencontre du ciel – ligne horizontale de l’infini arrêté. La lumière trace d’un faisceau léger cisèle un fossé, parcourt une haie, tourne autour de l’arbre, fait naître par magie une vie de l’obscurité qui s’éteint quand les paupières se ferment – néant éclatant de la nuit noire d’où naît un paysage aussitôt englouti. En contradiction avec le travail du noir, celui de la lumière éblouit, il n’est traversé que par un seul trait. Lumière aveuglante d’un blanc surface dessiné par le restant d’une ombre. Des réserves lumineuses retenues par la poussière grise naît un paysage écrasé de soleil.

La nature dans ces dessins s’exprime inversée, il ne reste que le blanc du papier qui se colore miraculeusement d’espaces contrastés.

Un trait suffit pour exprimer le mur, la haie, les branches, le chemin qui s’échappe des mains. Le miracle du fusain fait vibrer les feuilles, bouscule l’air qu’il rend palpable. Il suffit d’un papier, d’un crayon. Du noir, du blanc et l’espace se teinte de nuances inattendues. Nuances dures, sévères lorsque le crayon traque les ombres immobiles qui disparaissent au moindre usage ou à chaque passage du vent. Une ombre escalade un mur et se brise sur le sol ou se dessine incisive sur l’herbe qui s’en joue.

L’ombre parcourt les flammes de la cathédrale, dessine la rosace en travail vibrant d’une pierre légère. Elle pose, instabilité immobile, projection d’une forme réinventée par la lumière.

Mais aujourd’hui, sur la clarté du papier se bousculent la nuit, le jour, la lumière, le noir et se posent des formes abstraites d’un paysage nouveau, tout en verticales. Tout est confusion, les définitions ont changé. Le noir n’est plus l’ombre, ne raconte plus la nuit éveillée de courtes clartés mais il est devenu une expression.

Expression d’une masse violente déchiquetée de morsures d’acide.

Cette masse sombre envahit l’espace que l’on devine à peine et met en danger tout un équilibre maintenu par la volonté d’un chemin ou trait d’horizon. Le souffle s’amenuise, l’air passe encore un instant par la grâce d’un vide infime, d’un trait pâle et gris dans lequel se loge la vie tout entière.

Puis ce sont plusieurs masses, plusieurs volumes noirs, gris de toutes nuances qui envahissent la feuille de papier blanc. Notre regard s’accroche à l’espoir du village entrevu presque par hasard avant que le poids précité d’une nuit tropicale efface brutalement toute vie.

Par instant une lumière hésitante déchire ce rideau de bois consumé et nous offre au loin la légèreté du tracé d’une clairière dans laquelle une fête s’organise à l’insu de tous. Et nous entendons le rire fragile des buissons de lumière qui se jouent des grands rideaux noirs.

Nicole Bottet


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